Tirer définitivement sa révérence au quatrième jour de la nouvelle année ne semble pas très sérieux au crédit de votre biographie, Monsieur GALABRU ! Serait-ce un énième tour de passe-passe d’un comédien de grand talent qui agit à la dérobade avec les portes qui claquent et les quiproquos qui s’amoncellent à l’instar de la pièce de Marcel PAGNOL « La femme du boulanger » ou d’un classique de Georges FEYDEAU ?

Peut-on envisager que ce départ vers un ailleurs plus paisible soit une pitrerie burlesque supplémentaire de l’ex-adjudant Gerber qui a tant hanté l’esprit grincheux de ce pauvre Cruchot de Louis de FUNES, toujours fin prêt à prendre de la hauteur et du galon à l’insu de son supérieur ?

Ou pire que cela, ne serait-ce que la suite, beaucoup plus logique celle-là, de ce long moment de faiblesse physique et morale qui vous a conduit à écourter en novembre dernier votre ultime série de représentations théâtrales, en affirmant pourtant aux yeux du monde et des Icaunais que vous n’étiez finalement qu’un simple « Cancre » ?

Mais, cette fois-ci, le rideau s’est refermé pour de bon sur vous, sur votre faconde, sur votre élocution si caractéristique et reconnaissable parmi toutes, et surtout sur votre désir fou de porter la comédie et la culture jusqu’au bout de votre existence tel un Molière triomphant de l’obscurantisme de ses censeurs…

Monsieur GALABRU : ce voyage vers l’au-delà que vous avez choisi de poursuivre me trouble au plus haut point. Ayant eu l’immense chance de vous avoir croisé et de dîner à vos côtés lors de cette soirée anniversaire dans l’Yonne que TV Diffusion a su organiser à la perfection. J’ai eu l’impression ce soir-là d’intégrer votre grande famille de funambules et de saltimbanques que l’on nomme les artistes. Michel : vous m’avez fait vivre l’une de mes plus belles soirées chargées en émotion et en parler vrai. Pour cela, je vous pardonne de nous avoir quitté si tôt par un matin pâle de grisaille au quatrième jour de la nouvelle année. Aujourd’hui, nous sommes tous orphelins de vous…