Tribune libre :

Continuons notre dossier consacré à l’ entreprise « libérée » ( les autres articles sur ce lien) par un double article rédigé par des consultants qui ont accompagné des petites entreprises et des grands groupes dans cette engagement. Ci-après la première partie avant un second opus délivré dans la soirée. Merci à Arnauld Méric, notre ami de Charny, le local de l’étape pour cette initiative « d’article à 4 mains ».

PREMIERE PARTIE : 
Qu’est ce que l’entreprise « libérée » et qu’apporte-t-elle de nouveau ?

C’est avant tout une entreprise qui s’est libérée de ses carcans bureaucratiques : contrôle, pouvoir vertical. Pour s’ouvrir au foisonnement d’idées de ses collaborateurs, pour embrasser pleinement le principe de confiance à priori.  Et créer, ensemble, une vision évolutive, pas seulement centrée sur des objectifs financiers, qui va porter chacun des collaborateurs dans ses actions au quotidien.

Selon Frédéric Laloux (promoteur de ce concept sous le vocable « organisation réinventée« ), ces entreprises/organismes, vont donc bien au delà  (tout en l’intégrant) du modèle de management des années 2000, déjà largement ouvert sur l’extérieur.
Comme il l’a montré, elles s’attachent à apporter une réponse aux aspirations des personnes : équilibre personnel, liberté d’actions et d’initiatives, besoin de considération et d’appartenance ; elle font place à l’auto-gouvernance et à la réalisation de soi au service du collectif. Des dizaines d’entreprises et d’organismes, en FRANCE, en Europe, aux US et ailleurs, ont pris ce chemin.  Certaines depuis peu, d’autres depuis plus longtemps, des PME, mais aussi des grands groupes.  Et tous, comme Frédéric Laloux l’a bien montré, en adoptant parfois les mêmes approches, sans s’être concertés.

Dès les années 80, le mouvement des relations humaines avait déjà cherché à intégrer à ce point l’homme dans l’entreprise, à sortir d’un taylorisme pyramidal souvent devenu dévalorisant et démotivant : des cercles qualités aux groupes semi-autonomes, des structures plates à la pyramide inversée, les initiatives, expérimentations, succès … et échecs ont été nombreux. C’est d’ailleurs à cette époque qu’a été initiée la transformation de la fonderie picarde FAVI, qui fait aujourd’hui figure de pionnier dans les entreprises libérées avec plus de 30 ans de recul sur ce mode de fonctionnement.

Mais la vague de financiarisation et de concentration de l’économie initiée à la fin des années 90 a fait revenir en force des organisations hyper-contrôlantes, désormais matricielles, engorgées de processus et de reporting, soumises à des exigences limites de rentabilité, de croissance, de prévisibilité, de sûreté provoquant une sorte de pandémie de stress professionnel, avec son cortège de « burn-out » et de harcèlement moral, sans parler des conséquences extrêmes qui peuvent en résulter.

L’entreprise libérée, l’entreprise réinventée,  apparaît aujourd’hui comme une réponse attractive, encore largement en devenir, aux aspirations bafouées par cette vague, notamment chez les jeunes. Et la bonne nouvelle, le recul et l’expérience le prouvent suffisamment aujourd’hui, c’est que la performance financière y trouve sa place, à la condition toutefois de ne pas être le juge de paix final, c’est à dire de ne pas être, au fond et en conscience, la seule finalité des dirigeants et/ou propriétaires de l’entreprise.

Il faut dire qu’entre temps, est venu au rang des préoccupations premières le développement de la personne, dans toutes ses dimensions. L’entreprise ne pouvait l’ignorer. Et se devait de chercher à en tirer parti. La prise en compte de la personne dans sa globalité et la contribution à son développement est devenu l’un des piliers de ce type d’entreprise : la qualité des relations au travail y devient un joyau à faire briller inlassablement; ces entreprises ont appris à résoudre les conflits sans faire appel à l’arbitrage d’un chef, mais en développant les compétences de communication interpersonnelles (formuler un besoin, écouter, trouver une solution respectueuse de chacun et de la vision de l’entreprise). Comme le dit Frédéric Laloux « nous ne sommes pas riches de ce que nous avons, mais des relations qui nous nourrissent l’âme ».

Ainsi, la décomposition de l’entreprise en unités à taille humaines, dotées de larges responsabilités, supervisées par une hiérarchie plate (peu de niveaux hiérarchiques) si elle n’est pas si nouvelle, trouve ici un terrain d’expression où le concept est poussé très loin, parfois au-delà de ce que ces entreprises avait espéré en se lançant dans l’aventure, et démontre des performances exceptionnelles, sociales et financières.

L’entreprise libérée ou réinventée va en effet au-delà de la question de l’organisation, intègre d’autres dimensions, qui sont en interaction: bien sûr, comme mentionné ci dessus la prise en compte et le développement de la personne dans sa globalité, mais aussi la fin du contrôle hiérarchique et fonctionnel et une vision stratégique flexible, évolutive et co-construite.

Deux points abordés dans la deuxième partie de cet article intitulée « Entreprises libérées : comment ça marche et que faut-il en penser ? »

Valérie Castaignède (v.castaignede@lafabco.eu) à retrouver sur son site en lien ici
Arnauld Méric (arnauld.meric@gmail.com)