Considéré par ses pairs comme celui qui a redonné ses lettres de noblesse à la coiffure masculine, Fabrice Cornillon exerce toujours avec la même passion dans son salon de la rue Joubert à Auxerre. Travailleur infatigable, professionnel multi-récompensé, l’ambassadeur de la marque Eugène Perma vient de lancer avec trois confrères le groupement de la Haute coiffure masculine (HCM). Rencontre avec un virtuose peu habitué aux grands discours.

Dans la rue qui mène au théâtre, Germain Coiffure est une institution. Depuis qu’il a succédé à son père, Fabrice Cornillon en a fait la référence incontournable de la coiffure masculine, dont la réputation s’étend bien au-delà des limites du département. L’agenda en témoigne puisqu’il affiche complet pour plusieurs semaines. Les clients, fidèles du salon de coiffure auxerrois, n’hésitent pas à parcourir plusieurs dizaines de kilomètres pour passer entre les mains expertes de Fabrice Cornillon et de son équipe. Tout juste revenu d’un show à Ibiza pour la marque Eugène Perma, dont il est l’un des ambassadeurs depuis cinq ans, Fabrice Cornillon officie pourtant en toute simplicité. Voire en toute discrétion. Car s’il est un habitué des podiums et des distinctions, le coiffeur n’est pas de ceux qui aiment se placer dans la lumière, préférant évoquer son travail et l’évolution de la profession. « Il est vrai, avoue-t-il, que depuis quelques années, la notoriété ainsi que l’affichage sur la devanture de la mention barbier, que j’ai toujours pratiqué, ont apporté un plus. »

Le virus de la coiffure, Fabrice Cornillon l’a attrapé dès son plus jeune âge, « fasciné par le côté création, la dimension artistique » du métier. Mais c’est en découvrant Cesare – unanimement reconnu par les professionnels – lors d’un show au Mondial de la coiffure à Paris qu’il va choisir définitivement cette voie. Et connaître une ascension fulgurante. À 16 ans, après seulement six mois d’apprentissage, il remporte le concours de meilleur apprenti de l’Yonne. Le premier titre d’une longue série puisque l’année suivante, les distinctions vont se succéder. Élu meilleur apprenti de Bourgogne, puis de France, il remporte la médaille d’argent au championnat d’Europe de coiffure et, enfin, une médaille de bronze au championnat du monde. En 1996, consécration ultime, il représente la France aux Olympiades des métiers, qui se tiennent cette année-là à Lyon, où il termine à la deuxième place. « Je voulais sortir du salon pour voyager mais surtout acquérir une plus grande dextérité, explique-t-il. J’ai aimé cette période de concours où il faut se préparer comme pour une épreuve sportive, mais aujourd’hui cette époque est terminée. »

Repéré par la marque professionnelle Wella, il en intègre alors l’équipe artistique, chargée de mettre en place les nouvelles collections et d’animer des shows de coiffure. Également membre de la Haute coiffure française et représentant la France dans l’Intercoiffure Monde, il occupe ce poste de consultant technique pendant 13 ans avant de rejoindre Eugène Perma. « Cette marque 100 % française m’a proposé un nouveau challenge : redynamiser la coiffure masculine. Les coupes homme sont à mes yeux beaucoup plus techniques, même si j’aime aussi les coupes anglo-saxonnes pour les femmes. Dans la coiffure pour hommes, la moindre imperfection se voit tout de suite. »

Djibril Cissé et la coupe tribale

S’il a eu de nombreuses opportunités d’exercer à Paris ou ailleurs, Fabrice Cornillon a choisi malgré tout de rester dans son salon. Considéré aujourd’hui comme celui qui a relancé la coiffure masculine, il tient à conserver ses racines auxerroises. « Cela fait partie de mon équilibre. Quand tu fais de la scène à coiffer des modèles devant des centaines de personnes, il se crée comme une barrière virtuelle. J’ai besoin de proximité, d’échanges, de travailler en équipe, de rencontres… » Parmi les rencontres, celle avec Djibril Cissé reste l’une des plus marquantes. À cette époque, le coiffeur souhaitait relancer les coupes tribales, à la technique ô combien exigeante, demandant adresse et créativité. « Il avait le profil. Je savais qu’il était très au fait de la mode et soucieux de son apparence, mais il n’était pas client du salon. C’est par personnes interposées que j’ai réussi à l’approcher et à le convaincre. »

Une relation de confiance et d’amitié se noue alors avec la superstar de l’Abbé-Deschamps, si bien que Fabrice Cornillon devient son coiffeur officiel. Une première ! Et cela même après le départ de l’avant-centre pour l’Angleterre. « C’est quelqu’un de très attachant. Je suis allé le coiffer à Liverpool et à Marseille, mais quand il est parti jouer en Grèce, j’ai arrêté », sourit-il. Parmi les nombreuses anecdotes, le coiffeur se souvient être tombé en panne au beau milieu de la cité phocéenne. « Difficile de passer inaperçu dans une Lamborghini jaune avec Djibril Cissé au volant… »

Aujourd’hui, Fabrice Cornillon, qui confesse passer quasiment tout son temps à la coiffure et à imaginer de nouvelles créations capillaires, jette un œil plus qu’avisé sur la mode masculine. Le retour de la barbe « qui donne un côté plus viril », la coupe Pompadour si difficile à réaliser, sont autant de signes d’un renouveau côté hommes. Accompagnés de  trois confrères, l’artisan auxerrois vient de lancer le groupement professionnel de la Haute coiffure masculine (HCM) afin de promouvoir ce savoir-faire si particulier. Et lui de redonner toute sa place.