Dans notre précédent article, nous considérions l’édification de la Basilique de Vézelay et les plantations de vignes par les moines comme la naissance du vignoble. C’était oublier un pan de l’Histoire. Merci à Françoise Grosbois qui met en lumière une tout autre réalité.

Promenade vézelienne à l’occasion de la Saint-Vincent

Le dimanche 15 Janvier a eu lieu, à  Vézelay, la Saint-Vincent tournante du Grand Auxerrois. Une belle et grande journée a animé les rues de la cité dans la grande tradition des confréries du Moyen-Âge. C’est, pour Yonne Média Magazine, l’occasion de revenir sur l’histoire du vin à Vézelay. Toutes les images sont à retrouver et partager dans la continuité de cet article.

Naissance du vignoble

A Vézelay, comme à peu près toujours en France viticole, le vignoble remonte à l’époque romaine. En effet, l’envahisseur venu de Rome a planté de la vigne en Gaule romaine partout où la nature du sol le permettait.

La présence de la vigne à Vézelay à l’époque gallo-romaine, c’est à dire de la fin du 1er siècle – début du 2ème siècle après Jésus-Christ, est attestée par les vestiges d’un temple dédié à Bacchus, dieu de la vigne et du vin, découverts en 1689, sous l’église Saint-Étienne de Vézelay, ainsi que par la présence d’un sarcophage recreusé dans une église romaine décorée de pampres et de grappes de raisin à Asquins. L’une des branches de la via Agrippa, important réseau de communication entre Autun et Boulogne-sur-Mer, passait par Avallon, non loin du site de Vézelay et permettait de transporter le vin.

Après la chute de l’Empire romain, la culture de la vigne en France s’étiolera et, plusieurs siècles plus tard, au Moyen-Âge, quand la vigne sera replantée en France, ce sera bien souvent, et logiquement, sur les mêmes emplacements qu’à l’époque gallo-romaine.

Le vin et l’Eglise

Au Moyen-Âge, c’est l’Eglise, pour les besoins de la liturgie, car, à l’époque, on communiait sous les deux espèces, qui relancera la viticulture.  Les évêques, pour l’art de vivre que représente le vin, mais surtout les moines bénédictins, à partir du VI° siècle.

L’abbaye bénédictine de Vézelay fut fondée en 858 ou 859 par Girard de Roussillon, d’abord à Saint-Père-sous-Vézelay, avant d’être dévastée en 873 par les « barbares » Normands qui remontent les cours de la Seine, de l’Yonne et, enfin, de la Cure. Après cette razzia, les bénédictins s’installent au sommet de la colline de Vézelay, site stratégique plus propice à la défense contre l’assaillant, et couvrent les flancs de la « colline éternelle » de vigne.

Dès le 10° siècle, l’abbaye de Vézelay, détentrice de reliques de Ste Madeleine, toujours visibles dans la crypte, devient un grand centre de pèlerinage qui attire des milliers de pèlerins, d’autant qu’il s’y produit des miracles, et l’un des points de départ du Chemin de St Jacques, donc de commerce et de consommation de vin. L’important domaine viticole de l’abbaye s’étend alors sur la rive droite de la Cure.

La viticulture locale est illustrée dans la Basilique Sainte Madeleine sur trois de ses chapiteaux.

Un vin plébiscité

Aux 11ème et 12ème siècles, le vignoble icaunais, dont celui de Vézelay, se développe encore car les vins produits au Nord de Paris sont insuffisants pour satisfaire la demande affluant des Flandres et d’Angleterre.

Le train de vie fastueux des Ducs de Bourgogne va encore stimuler la viticulture locale aux 14ème et 15ème siècles pour alimenter les réceptions prestigieuses de ces princes, les « Grands Ducs d’Occident ». Ceux-ci ont abattu les barrières douanières dans tout leur immense Duché, qui allait des Pays Bas aux limites de la Savoie et du Bourbonnais au Sud, et mis en place une monnaie unique afin de faciliter les échanges. A l’époque, le Duc de Bourgogne possède même son propre domaine à Vézelay, au lieu-dit « le Clos au Duc».

Au 18ème siècle, le vin de Bourgogne est à la mode, notamment sous l’impulsion des princes de Conti qui tiennent une place prépondérante à la Cour de France.

Et c’est en empruntant le cours de la Cure, à partir de Saint-Père, puis l’Yonne et la Seine, que le vin de Vézelay, et de bien d’autres communes du  département, voit son commerce se développer à Paris.

Asquins compte alors 190 hectares de vignes, Saint-Père en possède 330 ha. A Tharoiseau, chaque foyer exploite quelques arpents de vigne, procurant la plupart du temps le seul revenu de la famille.

Le vignoble vézelien s’étend donc sur plus de 500 hectares. Cette importance se maintient jusqu’au siècle suivant, et l’ouverture d’une gare à Sermizelles « Sermizelles-Vézelay », toujours active aujourd’hui, sur la ligne Avallon – Auxerre offre un moyen de transport plus rapide.

Mais cette extraordinaire expansion de la vigne dans l’Yonne cessera brutalement à l’arrivée du phylloxera en 1884.

Un siècle plus tard, ne subsisteront plus qu’un ou deux hectares encore cultivés.

De « L’Espérance » renaît la vigne à Vézelay

En 1974, le célèbre chef triplement étoilé, Marc Meneau, installé depuis 1972 à Saint-Père-sous-Vézelay dans le restaurant « L’Espérance », décidera de faire renaître ce vignoble avec quelques amis vignerons et le soutien du ministre de l’agriculture de l’époque. Il commencera à replanter au pied de l’abbaye jusqu’à une surface de 14 hectares.

Aujourd’hui, l’appellation Bourgogne-Vézelay se situe au Sud de l’Yonne, entre Chablis et Beaune, dans le Nord de la Bourgogne viticole. L’aire d’appellation couvre 333 hectares (seulement un tiers est actuellement planté), répartis sur les coteaux les mieux exposés de 4 villages: Vézelay, où 73 hectares sont cultivés, Saint-Père-sous-Vézelay pour 124 hectares, Asquins,74 ha et Tharoiseau 61ha, sur des terrains essentiellement sédimentaires (argilo-calcaire).

Géographiquement, cet affluent de l’Yonne qu’est la Cure forme un entonnoir dont le col se situe au Nord, évasé vers le Sud en un amphithéâtre où l’érosion a aménagé une succession de buttes et de talus étagés sur 200 mètres et où les expositions méridionale et  orientale prédominent. Cet ensemble confère à Vézelay un paysage qui lui est propre et participe à l’identité originale de son vin.

Le vin de Vézelay, AOC Bourgogne-Vézelay, qui a obtenu cette appellation régionale en 1997, est un vin blanc sec issu du seul cépage chardonnay, vin en bien des points différent des autres Bourgognes, ce qui lui donne son caractère unique. Il est en voie d’obtenir, cette année, le titre d’AOC Vézelay en appellation propre.

Un excellent crémant est également produit.

Rendez-vous est pris en cette année 2017 pour célébrer l’obtention de l’AOC « Vézelay ».

Les ruelles de Vézelay lors de la Saint-Vincent

Cliquez sur la première image ci-dessous pour l’agrandir et glissez sur les suivantes à l’aide des flèches de votre éventuel clavier.