A l’occasion de la sortie en librairie du dictionnaire amoureux des papes, le journaliste spécialiste du Vatican et ardent défenseur de la Bourgogne, Bernard Lecomte a répondu à quelques questions. En toute simplicité.

1) Qu’est-ce qui vous a motivé à entreprendre la rédaction de ce dictionnaire amoureux ?
La tâche s’est-elle avérée fastidieuse et, parfois, compliquée ? Les portes du Vatican n’ont-elles vraiment plus de secrets pour vous ?

  • Ma grosse biographie du pape Jean-Paul II, parue chez Gallimard en 2003, m’a valu d’être étiqueté « spécialiste du Vatican » chez de nombreux journalistes et éditeurs parisiens. Mes Secrets du Vatican (2009) et mes Derniers secrets du Vatican (2012) ont conforté cette image. Il était donc logique que le directeur de la prestigieuse collection des « Dictionnaires amoureux » (chez Plon) pense à moi pour un Dictionnaire amoureux des Papes, que j’ai mis deux ans à rédiger. Fastidieux ? Certes non : le Vatican est une mine d’or pour un journaliste à la recherche de personnages exceptionnels et de secrets d’histoire ! Difficile ? Au bout de tant d’années d’enquête autour de Saint-Pierre de Rome, j’y ai mes entrées… mais je ne vous dirai pas lesquelles !

2) En 2016, dans un pays laïc et républicain comme le nôtre, en quoi cet ouvrage trouve une résonance particulière ? N’est-ce pas aussi une volonté de votre part de rendre plus accessible l’histoire du catholicisme aux profanes ?

  • Rappelez-vous ce que disait le général de Gaulle : la République est laïque, mais la France est chrétienne ! Même dans notre vieux pays déchristianisé, il reste une curiosité très profonde pour les origines de notre civilisation, pour les grands personnages de notre histoire. Que serait Auxerre sans saint Germain ? Que serait la Bourgogne sans Cluny et Cîteaux ? On n’est pas obligé de croire en Dieu pour s’intéresser aux relations entre la papauté et la « fille ainée de l’Eglise », or ces relations politiques, spirituelles et culturelles sont d’une extrême richesse et ont duré plus de mille ans ! J’espère que mon livre permettra à de nombreux lecteurs d’en savoir un peu plus sur ces sujets souvent passionnants.

3) Le pape François semble avoir opéré une rupture dans l’exercice du pontificat, notamment dans la gestion de la communication du Vatican. En quoi est-il si différent de Benoit XVI ? Et de Jean-Paul II ?

– Le pape François vient de Buenos Aires, capitale de l’Argentine, c’est-à-dire de l’hémisphère sud, où vivent aujourd’hui 80 % des catholiques du monde entier. Il est davantage à l’image des catholiques d’aujourd’hui. Il n’a pas le même tropisme « européen » que ses prédécesseurs Benoit XVI (qui était allemand), Jean-Paul II (qui était polonais) ou les précédents, tous italiens depuis cinq siècles. Qu’il vienne d’Amérique latine le dispense de défendre le patrimoine de l’Eglise, et le pousse à y substituer une volonté missionnaire très active. Ce pape-là pousse ses ouailles à aller annoncer l’Evangile « aux périphéries », comme il dit, quitte à prendre des risques avec la Tradition, ce qui bouge un peu les lignes… et en fait réagir quelques-uns, bien sûr !

4) Si l’Histoire devait retenir trois papes, et trois seulement, quel serait votre « tiercé gagnant » ?

– C’est difficile à dire : il y eut 266 papes en deux mille ans ! Mais j’ai une grande tendresse pour un pape français qui s’appelait Gerbert d’Aurillac et qui fut, sous le nom de Sylvestre II, le pape de l’an mil : parti de rien, il devint le plus grand savant de son époque ! J’ai beaucoup de compassion pour Pie VI, un vieux pape pourchassé par la Révolution française qui mourut tristement, à Valence, dans la Drôme, dans des conditions si désolantes que l’on a cru, à l’époque, que c’était la fin de la papauté ! J’ai une grande vénération pour Léon XIII, élu en 1878, à qui on doit une encyclique établissant la « doctrine sociale  de l’Eglise » – un texte absolument visionnaire – et qui invita les catholiques Français à rallier la République. Mais bien sûr, pour avoir travaillé quatre ans sur sa vie et son œuvre, ma préférence personnelle va au pape Jean-Paul II…

Le Dictionnaire Amoureux des papes  par Bernard Lecomte

Éditions Plon – 640 pages – 24 euros. Plus d’infos sur ce lien

Bernard Lecomte