À 20 ans, le Poyaudin Camille Chat a connu une ascension fulgurante dans l’élite du rugby français. Derrière ce porte-drapeau du sport icaunais se cache un athlète besogneux et déterminé, à qui l’on prédit un avenir doré.

Quand la gagne porte de Toucy au Racing 92

Moins de 160 km séparent Toucy, au cœur de la Puisaye, du Plessis-Robinson, dans les Hauts-de-Seine. À peine 1h30 de route, sauf quand les bouchons du sud parisien viennent perturber le trajet. Mais pour Camille Chat, l’écart entre les deux villes se mesure plutôt en années-lumière à l’échelle de sa carrière sportive. D’un côté, le Rugby Toucy Puisaye-Forterre, club de Promotion honneur (septième division française), où il a touché à ses premiers ballons ovales ; de l’autre, le Racing 92, forteresse du top 14, qualifiée en finale de Coupe d’Europe ce dernier samedi 14 mai à Lyon.

Conscient de l’immense chemin parcouru depuis son enfance à Pourrain, le rugbyman de 20 ans semble pourtant garder la tête froide, pleinement concentré sur les derniers matches de la saison de Top 14. « Camille est resté très humble et travailleur, constate Yves Montessino, ancien président du club de Toucy, qui a assisté aux débuts rugbystiques du garçon. Depuis tout jeune, il voulait arriver au meilleur niveau. Il avait un potentiel physique supérieur à la moyenne, mais il avait surtout besoin d’action. Ce qui l’intéresse, c’est avant tout de jouer et de gagner ! »

Un sportif taillé pour le rugby

Camille Chat n’a que six ans lorsqu’il débute le rugby à Toucy pour imiter son beau-père, Cyril Bourgeois, demi d’ouverture et aujourd’hui co-président du Rugby Toucy Puisaye-Forterre. Au bout d’un an, le jeune garçon se laisse tenter par le football pendant deux saisons à Pourrain, avant de reprendre le rugby au RC Auxerre. En parallèle, il s’essaie au kick-boxing à Chevannes, où sa résistance naturelle et sa combativité lui vaudront un titre national après seulement 18 mois de pratique. Mais le rugby aura le dernier mot. À 14 ans, l’adolescent intègre le pôle espoirs de Dijon, où son rêve de devenir professionnel prend forme.

« Depuis tout petit, je rêve de jouer au plus haut niveau, confirme Camille Chat. J’adore l’ambiance du rugby et j’aime le combat. C’est une belle école de la vie. » Diplômé d’un bac pro en chaudronnerie, le Poyaudin reconnaît qu’il n’envisageait pas d’autre métier que celui de rugbyman. « Je ne sais pas du tout ce que j’aurais fait si je n’étais pas devenu rugbyman professionnel, poursuit-il. Je misais plus là-dessus que sur autre chose. »

« Il a toujours eu un mental de gagneur, explique Samy Bourhano, jeune joueur du RC Auxerre, qui se souvient encore du casque affublé de têtes de mort que portait Camille Chat en moins de 13 ans. Ses qualités physiques ne se voyaient pas plus que ça par rapport aux autres, mais il avait tout le temps un super état d’esprit. C’était déjà un leader et un gros bosseur. »

Passé de la troisième ligne au poste de talonneur en raison d’une taille jugée trop limitée (1,78 m), le jeune homme développe une impressionnante musculature pour atteindre aujourd’hui les 100 kilos. Son physique massif et son large cou sont maintenant parfaitement taillés pour percuter les défenses adverses et faire avancer les mêlées. Sélectionné en équipe régionale puis nationale chez les jeunes, Camille Chat tape dans l’œil des dirigeants du Racing 92, qui le recrutent à l’âge de 17 ans. Passé professionnel en 2015, l’Icaunais a réussi à gagner sa place au sein de l’équipe parisienne quand d’autres mettent plusieurs années pour percer à son poste. « En première ligne, la maturité n’arrive pas avant 24-25 ans, analyse Yves Montessino, présent pour son premier match professionnel à Toulon le 21 août 2015. C’est son apprentissage, il est programmé pour l’avenir ! »

Camille Chat, le benjamin de l’équipe de France garde la tête sur les épaules

La précocité du jeune talonneur n’a d’ailleurs par échappé à Guy Novès, le nouveau sélectionneur tricolore, qui l’a appelé en équipe de France pour disputer le dernier Tournoi des VI Nations. Benjamin des « Bleus », Camille Chat est seulement le troisième Icaunais à porter le maillot du XV de France, après le Brienonnais Robert Thierry en 1920 et le Sénonais Florian Fritz entre 2005 et 2013. Lors de ses quatre apparitions sous le maillot tricolore cet hiver, il a pleinement assumé son rôle de doublure du capitaine français Guilhem Guirado, marquant de précieux points en vue des prochaines échéances internationales. « Jouer pour mon pays, c’est un honneur et un rêve de gosse, confirme l’intéressé. J’essaie de tout donner pour rester en équipe de France. »

S’il assume parfaitement sa nouvelle stature internationale, Camille Chat n’en reste pas moins très attaché à ses racines icaunaises, comme le témoignent ses visites régulières en Puisaye.

« Mes proches m’aident à garder la tête sur les épaules, explique-t-il. Dès que j’ai un week-end de libre, j’essaie de redescendre pour voir ma famille et mes amis. J’aime la nature, alors quand je suis chez moi j’en profite aussi pour faire du quad et de la moto dans les bois. »

Des moments de répit entre deux combats sur les terrains de rugby.